Formation continue au Maroc : ce que recommande le CESE en 2026 — et ce que cela change concrètement pour les entreprises
Par l’équipe Lkelma — Cabinet de formation et de conseil
📢 Un signal fort venu des plus hautes instances
Le 25 mars 2026, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a adopté un avis officiel intitulé « La formation continue dans le secteur privé : pour une réforme urgente facilitant l’accès des travailleur-se-s et des entreprises ».
Ce document, fruit d’une auto-saisine et d’auditions menées auprès de dizaines d’acteurs (ministères, syndicats, fédérations professionnelles, entreprises, universités), dresse un état des lieux sans complaisance du système actuel et formule 17 recommandations concrètes.
En tant que cabinet de formation opérant au quotidien avec des entreprises marocaines, nous avons lu ce document avec une attention particulière. Voici notre lecture — entre analyse institutionnelle et regard terrain.
📊 Le constat : un système qui exclut plus qu’il n’inclut
Les chiffres sont édifiants :
- En 2022, seules 1 647 entreprises ont bénéficié des Contrats Spéciaux de Formation (CSF) sur près de 315 000 entreprises cotisantes, soit moins de 0,5 %
- Les travailleurs indépendants et non-salariés en sont largement exclus, le dispositif étant conditionné à l’affiliation à la CNSS
- Depuis 2008, seules 1 488 personnes ont été certifiées via la VAEP, alors que près de la moitié de la population active ne dispose d’aucun diplôme
Sur le plan financier, le paradoxe est frappant : sur la période 2012–2022, près de 2,7 milliards de dirhams sont collectés annuellement au titre de la Taxe de Formation Professionnelle (TFP). Sur dix ans, seuls 7,2 milliards ont été réservés à la formation continue des salariés. L’argent existe. Le problème est structurel.
🔍 Pourquoi ça coince ? Les vraies causes
Le CESE identifie plusieurs blocages que nous reconnaissons parfaitement sur le terrain :
Des procédures trop lourdes pour les TPME
Le parcours administratif mobilise successivement : le comité de gestion, le conseil d’administration de l’OFPPT, le comité central des CSF, les comités régionaux, les GIAC et les unités de gestion conjointes. Une petite entreprise sans service RH dédié abandonne tout simplement.
Des délais de remboursement paralysants
La durée moyenne entre le dépôt et le remboursement effectif des dépenses engagées est estimée à près de neuf mois au mieux. Aucune TPE ne peut préfinancer neuf mois de formation.
Une offre géographiquement concentrée
À fin décembre 2025, le dispositif ne recense que 82 OCF qualifiés au niveau national, mobilisant 327 experts. Près de 58 % sont localisés dans la seule région Casablanca-Settat. Les entreprises hors des grands pôles économiques sont pénalisées structurellement.
Une loi 60-17 adoptée mais jamais appliquée
La loi de 2018 élargissait pourtant les droits à la formation. Elle n’a toujours pas été mise en œuvre, en raison notamment de divergences persistantes sur la gouvernance et les modalités de financement des nouvelles catégories ciblées.
✅ Les recommandations clés du CESE : notre lecture de praticiens
Le CESE articule ses 17 recommandations autour de quatre axes. Voici les plus structurantes.
1️⃣ Créer une instance nationale indépendante de l’OFPPT
C’est la recommandation centrale. Le CESE préconise d’ériger une structure administrative permanente dédiée à la formation continue, dotée d’une composition tripartite (pouvoirs publics, employeurs, partenaires sociaux), indépendante de l’OFPPT.
Pour les cabinets de formation comme le nôtre, cela signifie potentiellement un interlocuteur unique, plus lisible, plus réactif. C’est une réforme de gouvernance attendue depuis longtemps.
2️⃣ Garantir 30 % de la TFP à la formation continue
Le CESE recommande de garantir l’affectation effective de 30 % de la TFP au financement des actions de formation continue, à travers la création d’un fonds dédié. Aujourd’hui, la majeure partie de la TFP finance la formation initiale via l’OFPPT. Ce rééquilibrage est fondamental pour les entreprises cotisantes.
3️⃣ Prise en charge intégrale pour les TPE
Prise en charge à 100 % des coûts de formation pour les TPE, avec possibilité de choisir directement leurs programmes sur une plateforme digitale dédiée. C’est une rupture avec la logique actuelle de remboursement a posteriori, qui pénalise les plus petites structures.
4️⃣ Une plateforme numérique nationale
Déployer une plateforme numérique nationale intégrée couvrant l’ensemble du cycle de vie des actions de formation (demande, instruction, financement, suivi, remboursement), pour réduire les délais et améliorer la traçabilité. Si cette plateforme voit le jour, elle pourrait transformer radicalement l’expérience des entreprises avec le dispositif.
5️⃣ Des formats pédagogiques flexibles
Formation à distance, modalités hybrides, formations de courte durée — le CESE appelle à diversifier les formats pour mieux répondre aux contraintes professionnelles, territoriales et temporelles des actifs occupés. C’est précisément ce que nous développons chez Lkelma depuis plusieurs années : la flexibilité n’est pas un luxe, c’est une condition d’accès.
6️⃣ Généraliser la VAEP
Mettre en œuvre le référentiel national de validation des acquis de l’expérience professionnelle, à travers des guides opérationnels par secteurs et niveaux de formation, en positionnant l’OFPPT comme bras opérationnel. Pour les milliers de professionnels compétents mais non diplômés, c’est une porte d’entrée vers la reconnaissance formelle.
🏢 Ce que cela change pour votre entreprise — dès maintenant
Même si les réformes prennent du temps à se concrétiser, cet avis du CESE envoie des signaux clairs :
- Si vous êtes une TPME → Les prochains mois sont le bon moment pour vous rapprocher d’un cabinet qualifié et anticiper les nouveaux mécanismes de financement. Les entreprises qui auront pris l’habitude de former leurs équipes seront mieux positionnées quand les dispositifs simplifiés seront en place.
- Si vous êtes une grande entreprise → La pression réglementaire sur la formation va s’intensifier. Le CESE parle explicitement d’une exigence dans les secteurs stratégiques. Mieux vaut construire dès maintenant une politique de formation structurée.
- Si vous êtes un travailleur non-salarié ou indépendant → L’horizon s’éclaircit : la réforme prévoit explicitement votre inclusion dans les dispositifs de financement.
💡 Notre position
Chez Lkelma, nous accompagnons des entreprises dans leur accès au financement de la formation continue et dans la conception de leurs plans de développement des compétences. Ce que le CESE décrit comme dysfonctionnements, nous le vivons au quotidien avec nos clients : la complexité des dossiers, les délais, la concentration géographique de l’offre qualifiée.
Cet avis est une opportunité. Il légitime des réformes attendues depuis des années et crée une fenêtre pour que les acteurs privés — cabinets, entreprises, associations professionnelles — se positionnent intelligemment dans le nouveau paysage qui se dessine.
La formation continue au Maroc mérite mieux que 0,5 % de taux d’accès. Et les entreprises marocaines méritent un système qui travaille avec elles, pas contre elles.
Vous souhaitez comprendre comment accéder au financement de la formation continue pour votre entreprise ? Contactez l’équipe Lkelma pour un diagnostic personnalisé.
